Turquie à vélo : du Mont Ararat à Istanbul – EPISODE 2

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IMG_0547Fin Novembre 2016 – Presqu’un mois s’est déjà écoulé depuis que Ryan, Carly et moi sommes entrés en Turquie. Nous avons pédalé ensemble à travers l’est du pays jusqu’à la fameuse Cappadoce. Ryan et Carly continuent en bus pour étendre leur visa turc en Grèce. Je continue seul à vélo, cap à l’ouest. Encore de belles découvertes m’attendent parmi lesquels l’extraordinaire falaise blanche de Pamukkale, de nombreux vestiges greco-romains avant de retrouver ma famille à Istanbul pour Noël !

 

Misérable traversée du lac Tuz Gölül

Après une petite semaine en Cappadoce il est temps de repartir. Je continue seul puisque Ryan et Carly prennent le bus pour rejoindre la côte et renouveler leur visa turc sur une île grecque et Stephan et Yuily prendrons le bus pour rejoindre la côte sud de la Turquie. Quand à moi, je continue cap à l’ouest en faisant un détour de 3 jours par le lac Tuz Gölül (Lac de sel). Le premier soir, à mi-chemin entre la Cappadoce et le lac, des fermiers me voient passer à vélo et me font signe de m’arrêter. Il n’est que 15h30 mais ils veulent m’inviter à déjeuner et à dormir chez eux. Il est tôt et je suis un peu frustré de devoir m’arrêter de si bonne heure mais depuis le temps que j’attendais ce type d’hospitalité en Turquie, je ne peux répondre que positivement. La famille m’offre le déjeuner puis m’invite à les suivre dans une grotte pour aller traire les vaches. L’odeur suffocante me rappelle les toilettes en Chine et Asie Centrale, mais c’est intéressant de voir une étable creusée dans la roche sous un champs. Nous dînons ensemble puis ils m’invitent à dormir sur l’un des deux lits de l’unique pièce de la maison. L’autre lit sera utilisée par le frère tandis que le père et sa fille dorment sur le sol.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, je remercie mes hôtes et reprends le route. La météo est mauvaise. J’ai un fort vent de face et de fortes pluies risquent de me tomber dessus incessamment sous peu. Je suis de petites routes constituées d’enchaînements de montées et descentes. J’ai un très fort vent de face et de côté ce qui rend très compliqué d’avancer et de garder l’équilibre. Je manque de chuter plusieurs fois mais fini par arriver à proximité du lac lorsque la nuit tombe. J’aperçois un village et vais demander l’hospitalité pour la nuit. La première maison me refuse l’hospitalité. J’entends la femme expliquer à son mari que je s’ils m’accueillent, elle devra m’offrir le thé et le dîner. Je m’arrête à une seconde maison. De nouveau, je ne suis pas le bienvenue. L’homme me montre un endroit où je peux planter ma tente sur un terrain vague en bordure de la route… sympathique.

Il fini par appeler un ami qui parle allemand et après lui avoir expliqué avec mes quelques restes d’allemand ce que je fais ici et d’où je viens, il fini par m’inviter chez lui en expliquant que c’est son devoir devant Dieu que de m’accueillir. Lorsque sa femme me vois arriver, elle est surprise/paniquée/ne comprend pas mais nous passerons finalement une très bonne soirée avec plusieurs amis du village venu prendre le thé et un jeune travailleur afghan.
Le lendemain, je traverse le lac de sel mais je suis déçu. Il n’y a rien à voir. Le blanc et bleu du ciel se réfléchissant sur le sel sont totalement absent. Tout est gris et sombre et le déluge de la nuit dernière à réussi à inonder le lac de sel. Quand au chemin qui traverse le lac en son milieu, c’est une très mauvaise idée que d’avoir voulu le traverser. Je m’embourbe et ma roue arrière se bloque à cause de la boue coincée entre le garde-boue et la roue. Impossible d’avancer ni même de pousser le vélo sans glisser moi-même. Je dois décrasser la boue bloquée tous les 500m et ne peux pas pédaler. Je fini par parvenir à traverser et de l’autre côte, j’aperçois une source. J’enlève les sacoches et plonge le vélo dans la source en tentant de retirer la terre argileuse. Au bout d’une heure, c’est à peine mieux mais je tente de continuer ma route. Je bloque de nouveau et me retrouve coincé au milieu de nulle part. De toute la journée, je croise une seule voiture qui ne s’arrête pas. Après plusieurs décrassages à la petite cuillère, 4 heures de temps à pousser le vélo et seulement 8km parcourus, j’aperçois un village et une route goudronnée, la délivrance est proche. Je m’arrêterai un village plus loin. Un homme a accepté de m’aider et il m’ouvre une petite maison d’une pièce où je peux dormir dans un canapé lit. Il m’apporte un dîner chaud et allume le poêle à charbon pour réchauffer la pièce.

 

Konya, ville religieuse symbole de la paix et de l’amour pour les musulmans

Après une journée de vélo j’arrive déjà à Konya. La journée était facile avec de la bonne route et un vent favorable. En début d’après-midi, je m’arrête dans un restaurant d’autoroute pour me faire un sandwich. Les employés voient que je ne consomme pas chez eux mais malgré tout installent un poêle à gaz à côté de moi et m’apportent un nouveau thé dès que le mien est vide. Je commence à me réchauffer et m’apprête à partir quand je vois arriver sans que je n’ai rien demandé un très bon café Latte. Je termine et m’apprête à me lever mais un autre employé m’apporte aussitôt un délicieux dessert. Ce genre d’expérience fait toujours chaud au cœur. D’autres se rendent compte que voyager à vélo en hiver n’est pas de tout repos et ils apportent d’une manière ou d’une autre leur soutien. Une vingtaine de kilomètres plus tard, une voiture s’arrête en plein milieu de l’autoroute sans même se garer sur le côté. Le conducteur me fait signe de m’arrêter et me propose de me déposer à Konya.
A Konya, je suis hébergé par üzeyir. La mauvaise surprise est qu’il habite à 20km du centre ville et que je dois donc revenir 20km en arrière pour me rendre chez lui. Je reste 3 jours chez Üzeyir. Mon vélo a souffert de la traversée du lac de sel et je profite de ma halte pour le réparer et remplacer quelques pièces. Le soir, je me rends avec üzeyir à un meeting Couchsurfing. Les hosts de la ville se réunisse chaque semaine au Starbucks pour échanger en anglais. Je rencontre plein de gens intéressants et notamment Adnan, un syrien qui a fuit son pays au début de la guerre. Il m’explique qu’il aime son pays, qu’il a de merveilleux souvenir là-bas mais qu’il ne sait pas s’il y retournera un jour. Il ne retrouvera jamais ce qu’il a quitté. Le lendemain, je rencontre par coïncidence 3 iraniens en vacances à Konya. Je suis très heureux de retrouver des iraniens et nous passons la soirée ensemble devant une présentation de la fameuse danse Dervish. Cette danse à la particularité d’être une méditation religieuse. Les danseurs tournent sur eux-même pendant des dizaines de minutes en levant une main vers le ciel pour faire descendre les grâces de Dieu sur la terre et les transmettre aux hommes avec la main droite tournée vers le sol.

Sur le chemin de Saint Paul

La route de la Soie se termine officiellement à Byzance/Constantinople/Istanbul mais je suis déjà sur un autre chemin célèbre, celui qui mène vers l’Europe Occidentale : le chemin de Saint Paul. C’est par Saint Paul que le christianisme s’est répandu en Europe.
Üzeyir m’avait conseillé d’envoyer un message sur une communauté facebook turque équivalente à Couchsurfing (Couchrail). Le réseau a très bien fonctionné et dans chaque ville que je traverse, j’ai des hosts qui m’attendent !
D’Isparta à Pamukkale par le lac d’Egirdir

Je traverse Isparta et le magnifique lac d’Egirdir. Je longe le lac au coucher de soleil et tout semble féerique. Une légère brume plane au dessus de l’eau et une presqu’île se dessine au loin. Les lumières des maisons et les fumées de cheminée survolant la presqu’île semble nous plonger dans des scènes dignes d’Harry Potter ou du Seigneur des Anneaux.

 

Falaise blanche de Pamukkale : une merveille naturelle unique au monde

A Pamukkale je suis hébergé par Barberos un artiste peintre et également cyclovoyageur. Il prépare un trip en Europe prochainement. Il me fait visiter l’exceptionnel Pamukkale. C’est probablement l’unique falaise blanche naturelle dans le monde. Une source d’eau chaude se déverse de la falaise et dépose son calcaire blanc année après année. L’eau est retenue dans une successions de bassins et coule en cascade d’un bassin à l’autre. Absolument magique!
L’attrait du lieu n’est pas nouveau. Les romains avaient déjà implantés une cité à cet emplacement : Hieropolis. La source d’eau chaude était considéré comme un cadeau de Dieu et on l’utilisait pour chauffer les habitations et pour alimenter les bains publics. Cette cité est bien conservée et c’est jusqu’à présent le plus extraordinaire vestige greco-romain que j’ai visité. Bien plus intéressant qu’Ephèse. Pour les touristes, l’entrée est chère surtout pour un site naturel mais il est possible d’entrer sans payer en passant par la falaise à gauche du parking (+ d’infos en MP).

Invité à l’hôtel à Kusadasi sur la Mer Egée

Avant de continuer vers la cité greco-romaine d’Ephèse et vers Izmir, je suis invité par Akin à rester une journée à Kusadasi, petite cité balnéaire sur la Mer Egée. Il m’offre un superbe Kebab au restaurant et ma chambre d’hôtel donne directement sur la mer.

 

Rencontres sur la route d’Izmir

Grâce au réseau turc Couchrail, de nombreuses personnes m’ont accueilli et hébergé dans leur ville !

 

Ephèse : cité antique greco-romaine

Je continue ensuite jusqu’à Ephèse situé à une poignée de kilomètres au nord de kusadasi. L’entrée est hors de prix et les ruines sont loin d’être aussi captivantes qu’à Hieropolis. A 15km d’Ephèse dans la montagne se trouve comme le veux la tradition la dernière demeure de Marie, mère de Jésus. Selon les clergés musulman et chrétien, Marie aurait terminé sa vie ici. Le lieu est donc un centre important de pèlerinage pour les deux grandes monothéistes.

Mon hôte warmshower me conseille aussi d’aller visiter la forteresse et l’ancienne mosquée qui est l’une des plus anciennes mosquées de Turquie.

Izmir : la ville aux multiples visages

Je suis hébergé par Tarik, étudiant en commerce. Le centre ville est agréable car situé sur le littoral. Izmir est parfois comparé à Nice par les turcs francophones. C’est également la ville la plus libérale du pays. Avant la première guerre mondiale il y avait dans la région une importante communauté juive et chrétienne orthodoxe ce qui a installé un melting pot culturel et une ouverture d’esprit certaine de la part de la population.

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Noël en famille à Istanbul

Noël approche et j’ai rendez-vous avec ma famille à Istanbul pour célébrer l’événement. Ils arrivent le 20 décembre et je dois arriver avant eux pour les accueillir. La météo est très mauvaise et des vents du Nord très puissants me font face. Je dois prendre le bus pour rejoindre Bandirma d’où je prendrai le ferry pour atteindre le centre-ville d’Istanbul.

J’arrive à Istanbul quelques heures avant ma famille, ce qui me permet de m’installer dans l’appartement de location et de faire quelques courses en attendant qu’ils atterrissent.
Mes parents et ma soeur restent une semaine à Istanbul et après presque 10 mois de séparation je suis très heureux de les retrouver! Nous logeons au coeur du centre historique, loin de l’agitation d’Istanbul et visitons de nombreux sites comme la Mosquée Bleue, la basilique-mosquée Sainte Sophie, le Palais de Topkapi ou encore la citerne-basilique construite par les romains il y a plus de deux siècles.
Le soir de Noël, Ryan et Carly nous rejoigne à l’une des paroisses francophones situés sur le terrain du Consulat de France. Nous passons un Noël différents des précédents mais très convivial. A la fin de la messe, nous sommes invités par une famille française très internationale qui s’est également donné rendez-vous à Istanbul pour réunir la famille autour de la fête de Noël. Leur famille est éparpillée à travers la France, la Turquie, la Jordanie et l’Egypte!

Quitter la Turquie chassé par la tempête

Il est temps de me séparer de ma famille et de continuer sur le dernier tronçon qui me ramènera en France.
Ryan et Carly m’ont attendu pour quitter Istanbul et nous reprenons la route ensemble vers la Grèce. Il fait froid, gris, humide, venteux et la sortie d’Istanbul est interminable. Pas spécialement dangereuse comme j’avais pu l’entendre mais vraiment ennuyante.
Au bout de deux jours de vélo, la météo se détériore encore. Ce n’est plus du vent, c’est une véritable tempête. Nous faisons péniblement une trentaine de kilomètre par jour et manquons de tomber toutes les 5 minutes. Lorsque le vent souffle par bourrasque il n’est pas possible de pédaler. Même en poussant le vélo, on parvient difficilement à conserver notre équilibre. Sur le côté de la route des toits d’entrepôts sont arrachés et des morceaux d’isolation viennent se coincer sur les pylônes électriques dans de grands éclairs électriques. Les villes sont privées d’électricité.Je crois que c’est bel et bien la fin de l’univers. Au bout de presque une semaine pour parcourir les 250 km qui nous séparaient de la Grèce, nous franchissons enfin la frontière. Juste avant qu’une tempête de neige s’abatte sur l’Ouest de la Turquie.

Une nouvelle aventure commence en Grèce ! La suite dans le prochain article !

3 Réponses

  1. Cher Pierre-Adrien,

    Commençons par la maxime du jour du Jacquet : « Alors oui, il faut, que le désespoir dure encore un peu, juste assez pour permettre la rencontre entre la parole et la beauté, et, que se prolonge tout ce, qui donne à ma vie son merveilleux contenu : une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune. » Stig Dagerman. Les Consolations.

    Nous continuons sous ma plume notre prose à Nané et à moi-même, ton Oncle Antoine pour t’encourager le plus, que nous puissions, pour tes derniers kilomètres, tes derniers hectomètres au guidon de ta bicyclette. Ton moral doit pouvoir se retrouver, dès que tu puisses savoir, qu’il est plus facile de sentir l’écurie, dans le sens du voyage, que tu as choisi, plutôt que dans le sens contraire. Tu vas rejoindre l’Ours slovène (Emblème du Pays), la ville indépendante et libre de Trieste, le carnaval de Venise, la Plaine du Pô, la ville de Gênes, et la traversée de la France. Courage, courage…
    Je te le répète, tu es en train de faire un exploit et de te prouver déjà quelque chose à toi-même et aussi aux yeux de tes pairs. Continue, et tâches d’arriver au bout du voyage. Et même si les occidentaux du continent européen, sont englués dans leur civilisation aseptisée et manquant d’éternel, d’absolu et de spirituel, ce qui te rend les hébergements et les repas plus difficiles à trouver, cela ne t’empêche pas de côtoyer l’indigène et l’autochtone de très près dans ses us et coutumes, dans ses habitudes, dans ses mœurs, ce qui une excellente manière de voyager. Et pour te faciliter les choses, je pourrais te dire, qu’il vaut mieux accepter d’appartenir à une Société et de la critiquer, que de s’en exclure tout en la rejetant. Comment faire pour cela : eh ! Bien remercier, plutôt, que d’exiger. Ne vas-tu pas me dire, que c’est plus facile à dire, qu’à faire ? Et je te répondrai, que, par expérience personnelle, il est préférable d’être, plutôt, que de dire, ou que de faire. En conséquence, je ne vais pas te donner des conseils, mais simplement te dire, que face au manque de sympathie apparente, de manque d’accueil, de manque de considération de l’étranger, tu n’as qu’une seule attitude, c’est ne pas trop trainer tes guêtres dans ces endroits, et de gagner de nouveaux horizons plus réjouissants, afin non pas de forcer les portes (Mairies, Eglises et Presbytères, à moins, que), mais de ne compter, dans un premier temps, que sur tes moyens et tes ressources, et, dans un deuxième temps continuer à bicycletter avec des compagnons (Et compagnonnes) de cordée.
    En te souhaitant encore un excellent courage avec Nané, qui se joint à moi pour cela, je te dis à très bientôt.
    Très affectueusement de la part de Nané et de ton Oncle Antoine
    Nané, Oncle Antoine

    Au sujet de la Slovénie :  » Dans un monde en pleine mutation, où le sens de la communauté est mis à mal, la Slovénie se trouve à un moment charnière. L’avenir se construit désormais dans une économie de marché, où la course au mieux-être façonne l’individualisme… ». C’est par la Nature, chère au Slovène, qui va te relier encore aux valeurs essentielles et va te donner corps à l’esprit de cette contrée, que tu pourrais bénéficier de l’hospitalité slovène. Cette richesse, envoûtante de simplicité, demeure une constante invitation au partage.

  2. Cher Pierre-Adrien,

    Hier, je te donnais des conseils. Tu penses bien, que je ne peux pas me mettre à ta place. Mes « conseils » ne valent, que par ce que tu dis dernièrement m’obligent à me dire ce, que je ferai devant le manque d’accueil des pays dits civilisés de l’Occident. Par expérience j’ai déjà ne serait-ce, qu’en France, vécu des situations aussi précises, comme tu les décris. Trois exemples : le premier est d’avoir couché dans un abribus, le deuxième est d’avoir couché dans des « pissotières » de vestiaires de terrain de foot, proposées pour mon plus grand confort par un Maire d’un grand village, le troisième exemple est dès le départ d’un de mes voyages à pied d’avoir eu à dormir dans le cul des vaches avec leur bouses de vaches presque sur moi, dans un petit réduit avec quelques pailles, qui se battent en duel, après, que l’on m’ait balancé une couverture sur le coin de la figure, prié de déguerpir dès le lever du jour par des froids polaires, sans que les os aient pu se réchauffer aux premiers rayons de soleil de la radieuse aurore. Je pourrais te dire, qu’après dans la journée, j’en ai « bouffé » du kilomètre à pas cher et pour me défouler dans l’exploit sportif et humain. De plus chez ces mêmes personnes, je n’ai eu droit, qu’à une véritable confiscation de ma carte d’identité pour cette nuit sans étoiles, qu’à un petit déjeuner très frugal sans avoir eu droit au beurre sur la tartine, ni avec du lait de ferme dans le café, et alors, que devant moi ces mêmes personnes s’empiffraient de bonnes chose plantureuses, avec de la confiture et du miel en plus. C’est ce dernier exemple qui me fait encore dire, qu’il m’aurait presque fallu leur donner un loyer mirobolant pour cette nuit sans sommeil d’ailleurs, sous prétexte, qu’ils me menaçaient de faire venir la police ou la gendarmerie, pour un soi-disant outrage au bétail et aux vaches. Tu vas me dire : c’est la vie, eh ! Bien oui, c’est la vie, cher Pierre-Adrien. Comme je te comprends, cher Pierre-Adrien, dans de telles circonstances. Pour ta gouverne personnelle, je pourrais te dire, que j’ai remercié ces paysans presque en m’agenouillant : ils sont restés bouche bée et sont retournés à leur ferme conquis et médusés. Ces mêmes paysans craignant, que je le leur vole leur exploitation et leurs machines agricoles et leur cheptel en les mettant pêle-mêle, dans une brouette, que je le leur aurais volée aussi, et que j’aurais amené je ne sais où dans ma promenade du Dimanche, aidé en cela par des Roumains, et des Rom, pour un trafic, à échelle internationale et même transnationale. Cela m’a mis du baume au cœur pour toute cette longue journée à travers monts et vaux. Je ne te fais pas la morale bien sûr, Pierre-Adrien, aucunement, on ne se fait pas la morale en France, je t’encourage plutôt du plus profond de mon cœur, ab imo pectore, à renverser des situations dès, que tu le peux, à avoir des attitudes des plus humbles, comme cela tu pourras te dire, que tu sais tout faire. Et puis plein d’autres occasions de me prendre soit pour un SDF, soit pour un voleur de poules, soit pour un suspect potentiel d’avoir assassiné trois prêtres consécutivement dans le Bordelais, soit pour un animal « alcoolique ». De quoi rêver, j’avais à mon corps défendant, le malheur de porter une barbe drue, fournie, et propre. Et une tenue et un sac à dos des plus propres. Je pense, que je « puais » le fric, ou que je sentais mauvais, c’est encore mieux, ce qui était faux.
    Quant on voyage à environ un euro au kilomètre parcouru, quand on couche n’importe où par tous les temps, sans duvet, quand on a un sue generis correct si ce n’est excellent, comment pourrait-on être pris pour un communiste capitaliste, non je blague bien sûr, il en existe pourtant ? Je te pose la question, cher Pierre-Adrien, toi, qui a traversé des pays communistes. Les chemins de la liberté, je pense, passent aussi par ce genre d’expériences. Foi de Jacquet et foi de Micquelot. De là à être esclave de ses préjugés, non il ne le faut pas, et je t’engage plutôt, même si je ne pourrais en aucun cas me mettre à ta place bien sûr, à avoir des initiatives plus valorisantes pour toi et qui te fassent gagner en humanité, en manne divine, en éternité, en spirituel. In fine, tu as tout le loisir de revenir plus tôt, que prévu à Rennes, il ne faudrait pas avoir ton orgueil mal placé, quitte même à s’asseoir dessus, si tu le juges plus judicieux et surtout plus raisonnable. Je t’engage moi, si tu as encore les ressources physiques, morales, spirituelles et financières de boucler ton voyage en profitant de ces nouvelles frontières presque de l’impossibilité humaine, pour d’ouvrir de nouveaux horizons à ta convenance et pour ta gloire et la poursuite de ton déjà exploit sportif et humain. Saches aussi que la gloire est éphémère, mais qu’il faut de l’ambition, et qu’il faut mieux être Pompon, que modeste, dans Modeste et Pompon.

    Pour ce qui me concerne, en tant, que Pèlerin en Espagne par exemple, j’en ai donné du Muchas Gratias à tout va, plutôt, que d’exiger en permanence.
    Je n’aime pas parler de moi. Ce que je pourrais te dire dans une recherche de l’éternel, plus, que dans une quête de l’absolu, pour toi, je pourrais te dire, et avant de te donner la maxime du jour, d’en garder forcément toujours sous la pédale, par prudence, et aussi, pour le circuit, qu’il te reste à parcourir, d’être dans la lumière, plutôt, que dans les ténèbres, en acceptant davantage les conditions de vie et de voyage telles, qu’elles se présentent, en changeant ton fusil d’épaule, si tu le peux, et en enrichissant ton expérience de la nouvelle donne. Comment ? En frappant aux portes des presbytères, des mairies, des collèges, des pompiers, que sais-je encore… Pour avoir un peu plus de confort et de chaleur par cet hiver rigoureux et ces froids presque polaires.

    Voilà, cher Pierre-Adrien, pour ce qu’il te reste à franchir comme étapes de la vie et de l’expérience concomitante à cette même vie, d’aventurier des temps modernes.

    Maxime du jour :  » Je remercie les dieux, quoi qu’ils puissent être pour mon âme indomptable (…), qu’importe l’étroitesse du chemin, le nombre des punitions sur le parchemin, je suis le maitre de mon destin, je suis le capitaine de mon âme.  »
    William Ernest Henley (Invictus)

    A très bientôt,
    Très affectueusement,

    Ta Nané, qui pense bien à toi en ces moments un peu plus difficiles, ainsi, que ton Oncle Antoine, qui te dit déjà un grand bravo, un grand bravissimo.

    N.B. : demain je vais avec les conférences Saint Vincent de Paul faire une maraude, soit accueillir, écouter, rassurer par un café, réconforter par de l’humanité et de la chaleur humaine les pauvres, qui n’osent pas demander, et qui sont aux périphéries de la ville de Rennes (Place Hoche, place du Parlement, place Sainte Anne).

  3. Cher Pierre-Adrien,

    Sans attendre ton report suivant, je te vois sur la carte à Florence en Toscane. Depuis un certain nombre de jours. Es-tu toujours dans cette ville merveilleuse et as-tu visité également les deux autres villes importantes de cette région à savoir Pise et Sienne ?
    Tu vas entamer ta dernière ligne droite et une fois franchie la frontière italo-française, tu n’auras, qu’un dernier coût de collier à fournir. De quoi largement mériter ton repos du guerrier, avec une bonne faculté à récupérer après tant d’efforts et après autant de kilomètres parcourus. Une bonne cure de vitamines et de la bonne nourriture française du style d’un steak frites salade, plat préféré des aventuriers, qui reviennent en France après de grandes expéditions.
    Je ne suis plus en retard, que de deux rapports de voyage, je viens de lire le n°1 de l’Iran, qui est passionnant. Comme une véritable invite au voyage et à ses chants. Pas facile tout de même. A tes dires, sur le plan de la religion, de la topographie pour rouler facilement (!), des conditions météorologiques…
    Par expérience, je t’engage à commencer à récupérer une fois en France, en déroulant tranquillement sur ta bicyclette, tout en parcourant cette France et ses merveilles. Pour une belle fête des Provinces Françaises. Dans le doux pays de Provence, au milieu des belles Pyrénées, dans le Massif Central, au pays des volcans éteints, à travers la région du Bassin Parisien et pour finir le long des côtes de Bretagne. Afin enfin de gagner ce fameux concours des Merveilles, en regagnant ton home-sweat. L’organisateur de ce « Concours des Merveilles de la France et d’ailleurs », que pourrait être ta famille, aura tout reçu un jour comme documentation réunie par tes soins soigneusement ordonnée et accompagnée de dessins, photographies et cartes postales. Quelque temps après, l’organisateur t’adresse une lettre pour t’annoncer le succès remporté par toi. Et en même temps, plusieurs journaux publient le petit article suivant : avec le titre  » Le concours des merveilles de la France et d’ailleurs « , un grand concours des Merveilles de la France et d’ailleurs t’a été ouvert, et tu dois bien faire connaître ton Pays et en même temps tous les pays d’ailleurs traversés, ainsi que les personnes rencontrées, avec leurs métiers exercés. L’organisateur est heureux de pouvoir te féliciter et de t’attribuer le premier prix de ce concours : un voyage dans une autre contrée. Tu sauras certainement profiter avec intelligence de ton nouveau voyage, toi, qui as su si bien voir les merveilles de ton terroir et celles de l’Asie et celles de l’Europe. L’organisateur et le Jury, qui ont dépouillé le concours, en te lisant, ont été frappés de découvrir chez toi, un intérêt très vif pour ces merveilles, pour ces personnes, pour ces métiers, qu’elles exercent. Au point, que cet intérêt devient un véritable attachement. L’organisateur et le Jury ne sauraient trop te féliciter de cette heureuse disposition, et pour tous ceux, qui te liront, ils voudraient bien conclure par ces quelques vers alliant bien sûr les métiers, les cultures et les paysages :

     » Aimez les métiers, le mien et les vôtres,
    On voit bien des sots, pas un sot métier,
    Et toute la terre est comme un chantier,
    Où chaque métier sert à tous les autres,
    Et tout travailleur sert le monde entier ».

    Avant de conclure et en te souhaitant, Nané et ton Oncle Antoine, encore beaucoup de courage pour boucler ton chemin linéaire, voilà la maxime du Jacquet du jour :  » Homme, tu es charbon, Dieu est ton feu et ta lumière : tu es noir, ténébreux, glacé, si tu ne reposes en Lui « . ( Angélus Silésius) (Le Pèlerin chérubinique)

    Très affectueusement,

    Nané et Oncle Antoine

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